Théo Curin, égérie du handisport 

Théo Curin, égérie du handisport 

par Léo Veron et Jolan Gire

Théo Curin, égérie du handisport 

Théo Curin, égérie du handisport 

Il est un exemple de personne atteinte de handicap qui a su s’intégrer en repoussant ses limites physiques, allant même au-delà des capacités d’une personne valide. Théo Curin et d’autres athlètes repoussent leurs limites, du lac Titicaca aux raids sportifs, prouvant que le sport favorise inclusion et dépassement de soi.

Été 2024, Paris s’enflamme pour les Jeux Olympiques. Dans la foulée, les Paralympiques battent des records d’audience, et les spectateurs s’arrachent les billets. Cette effervescence pousse les associations sportives à renforcer leurs moyens, ouvrant la voie à un accès plus large au sport pour les personnes en situation de handicap. 

 

Dans le sillage de Philippe Croizon 

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Né le 20 avril 2000 à Lunéville en Meurthe-et-Moselle, Théo Curin voit son enfance basculer à l’âge de six ans lorsqu’une méningite fulgurante, compliquée par un purpura fulminans qui entraîne l’amputation de ses quatre membres. Quelques années plus tard, il rencontre Philippe Croizon, athlète handisport et premier nageur amputé des quatre membres à traverser la Manche. Ce modèle de résilience et de dépassement de soi lui insufflent une nouvelle détermination. Inspiré par son parcours, il décide de se lancer dans la natation et d’affronter ses peurs.

 

Théo Curin en est l’un des meilleurs exemples. Amputé des quatre membres, il est un athlète accompli dans le milieu du handisport. À 20 ans, il parvient à nager plus de 30 kilomètres dans l’une des eaux les plus froides : la Manche. À 21 ans, il utilise uniquement la force de son corps et de son mental pour traverser le lac Titicaca, qui s’étend sur près de 108 kilomètres, reliant la Bolivie au Pérou. Situé à 3800 mètres d’altitude, c’est le plus haut lac navigable du monde. Une année s’écoule et un nouvel exploit se présente à lui : une course en Argentine, la Santa Fé-Coronda, 57 kilomètres en eau libre, réputée pour faire trembler les nageurs et triathlètes endurcis du monde entier. Il parvient à aller au bout… non sans mal. 

 

Grâce à tous ces exploits hors norme, Théo Curin attire l’attention, et des portes s’ouvrent à lui : mannequin, conférencier, auteur, acteur ou plus récemment animateur télé pour l’émission Slam sur France 3. Pourtant, rien ne le destinait à accomplir tous ces défis plus fous les uns que les autres, car, à un âge innocent, la vie bascule pour lui, le privant de ses quatre membres, alors qu’il développait déjà une phobie de l’élément dans lequel il excellera plus tard : l’eau. Mais si un physique exceptionnel et une détermination sans faille lui ont permis de surmonter les nombreux défis imposés par la vie. Un entourage solide et une rencontre déterminante contribuent également à le propulser vers la réussite. 

Les débuts d’un athlète hors pair 

À treize ans, Théo Curin intègre le Pôle France handisport à Vichy et se fait déjà remarquer en participant à ses premiers championnats de France. Les succès s’enchaînent, et il devient l’un des plus grands espoirs français de la natation. En 2015, il effectue ses débuts sur la scène internationale avec les championnats du monde handisport à Glasgow, puis poursuit avec les championnats d’Europe à Funchal et les championnats de France à Montpellier en 2016. La même année, à seulement seize ans, il découvre les Jeux Paralympiques à Rio. À chaque course, il figure parmi les favoris, avec une seule ambition : décrocher une médaille. Il s’oriente vers le triathlon et les épreuves d’endurance extrême, s’imposant comme une référence dans le domaine. Mais au-delà de son parcours impressionnant, c’est tout l’univers de l’handisport qui mérite d’être mis en lumière, car il va bien au-delà de l’exploit individuel : les structures, les accompagnateurs et les moyens qui permettent aux athlètes en situation de handicap de repousser leurs limites et de briller au plus haut niveau. 

Une reconstruction par le sport 

​ Pascal Auger est un instructeur dans l’armée de l’Air, actuel coach sportif en Haute-Loire et cycliste, a déjà participé au raid Sicut. Ce parcours cycliste, organisé par l’association TEGO, rassemble des blessés de guerre, qu’ils soient touchés physiquement ou psychiquement, ainsi que des vétérans. Cet événement annuel ​​aide ces soldats à se reconstruire grâce au sport. « C’est un moyen pour eux d’oublier leur différence », explique Pascal Auger. Jonathan Hamou, ancien militaire de l’armée de l’Air, amputé des deux mains à la suite d’une ​explosion​ de grenade, ​​a vu ses projets de carrière et de vie s’effondrer du jour au lendemain. ​​Pour se reconstruire, il se tourne vers le sport. 

En participant à un raid Sicut, Jonathan impressionne Pascal, qui y participait également, par sa détermination et par les ​​adaptations techniques sur son vélo qui lui permettent de prendre part à l’épreuve : « Il faisait preuve d’une telle détermination, c’était impressionnant à voir ». Un témoignage inspirant de résilience et de dépassement de soi. 

 

​​Bien que le sport ne puisse, à lui seul, résoudre tous les défis liés au handicap, il joue un rôle fondamental dans l’inclusion et l’épano​​uissement personnel. François Dumont, dirigeant et entraîneur à ANICES Handisport à Nice, souligne que si le sport ne garantit pas une intégration immédiate dans la société, il permet néanmoins de retrouver la confiance en soi et de recréer du lien social. Il évoque d’ailleurs plusieurs parcours inspirants : « Nous accompagnons des personnes en situation de handicap, longtemps isolées, qui ont pu, grâce aux séances de sport, reconstruire une vie sociale, se marier, et même, pour l’un d’eux, devenir parent ». Ces témoignages prouvent que le sport représente bien plus qu’un simple loisir : il constitue un outil puissant ​​d’intégration, ​​qui redonne espoir. Au-delà de la performance, le sport est un vecteur d’inclusion. Il crée du lien, brise les barrières et rappelle que chacun, peu importe sa condition, a sa place dans la société.