Des yeux pour ceux qui n’en ont plus

Des yeux pour ceux qui n’en ont plus

par Théo Manya & Morgan Bonne

Des yeux pour ceux qui n’en ont plus

Des yeux pour ceux qui n’en ont plus

La déficience visuelle touche plusieurs millions de personnes à travers le monde, limitant leur autonomie et leur accès au monde qui les entoure. Mais l’intelligence artificielle pourrait bien changer les choses. Des projets innovants, tels que SeeingAI et BeMyEyes, offrent de nouvelles perspectives pour améliorer le quotidien des personnes aveugles ou malvoyantes.

Imaginez que votre téléphone remplace vos yeux grâce à l’intelligence artificielle. Même si certains redoutent qu’elle menace leur emploi ou qu’elle soit utilisée sans éthique, il est crucial de ne pas négliger le potentiel de l’IA pour améliorer drastiquement la vie des personnes en situation de handicap. 

Selon Le Monde, en 2017, 36 millions de personnes étaient non-voyantes, et selon l’Organisation mondiale de la santé, en 2023, environ 2,2 milliards de personnes souffraient de troubles de la vision. Pour elles, le quotidien peut être compliqué : difficultés à se déplacer, à lire, à reconnaître les visages, et parfois, un risque accru d’accidents. 

 

SeeingAI : une application révolutionnaire

 

SeeingAI, développée par Microsoft, se démarque particulièrement sur ce sujet. Cette application gratuite, disponible sur Android et iOS, est un projet de recherche qui utilise l’IA pour décrire l’environnement visuel aux personnes aveugles ou malvoyantes via une retranscription vocale. Il suffit de pointer son téléphone vers un objet, un texte ou un lieu pour que l’application l’analyse et le retranscrive en audio, en direct. SeeingAI peut alors lire un panneau, une affiche, décrire un objet ou même retranscrire une scène de rue. Imaginez ne pas pouvoir lire la date de péremption d’un yaourt : l’IA peut la retranscrire à l’oral instantanément. SeeingAI est sans aucun doute une application révolutionnaire qui offre une aide importante pour les personnes atteintes de déficience visuelle légère ou aiguë. SeeingAI reste un projet de recherche, et Microsoft n’a pas encore communiqué de date de lancement officielle ni précisé son modèle économique, laissant planer une incertitude sur son avenir. 

 

BeMyEyes : la force du collaboratif 

 

Si SeeingAI est une belle vitrine technologique, d’autres initiatives, plus modestes mais tout aussi efficaces, méritent d’être mentionnées. C’est le cas de BeMyEyes, une application associative créée au Danemark en 2015, comptant 125 000 abonnés. Elle met en relation des personnes aveugles ou malvoyantes avec des bénévoles. Lorsqu’un utilisateur de BeMyEyes a besoin d’aide, il peut lancer un appel via l’application. Un bénévole, alerté sur son smartphone, peut alors se connecter à l’appel et « prêter ses yeux » à une des 670 000 personnes malvoyantes utilisant l’application. Plus de 7 millions de bénévoles sont présents dans près de 150 pays à travers le monde. 


L’IA ne se limite pas à améliorer la vision des malvoyants ni aux grandes entreprises américaines. Elle pourrait aussi révolutionner la rééducation des personnes à mobilité réduite. Le professeur Antoine Vacavant, spécialiste en intelligence artificielle à l’Université Clermont Auvergne, travaille sur un projet de recherche ambitieux : un robot de rééducation à la marche, le GE-O. Unique en France, ce robot permet aux patients, notamment aux enfants, de réapprendre progressivement à marcher. Au début, il prend totalement en charge la marche, puis, au fur et à mesure de la séance, le patient reprend progressivement le contrôle de ses mouvements. 

 

L’IA au service de la rééducation

 

L’IA joue un rôle crucial dans ce processus. Elle analyse les données du patient et, à terme, proposera des séances personnalisées aux kinésithérapeutes, qui devront les valider ou les ajuster. L’objectif est de rendre la rééducation plus efficace et accessible, tant pour les patients que pour les professionnels de santé. Actuellement, une seule kinésithérapeute est capable d’utiliser cette machine en raison de sa complexité. Grâce à l’IA, son fonctionnement pourra être simplifié, permettant ainsi à n’importe quel kinésithérapeute de l’exploiter. « Une séance avec ce robot pourrait équivaloir à six séances classiques, représentant un gain de temps précieux pour les patients », d’après Monsieur Vacavant.

L’IA ne se limite plus à la performance technologique, elle devient un véritable outil d’inclusion. En prêtant des yeux aux malvoyants et en leur offrant plus d’autonomie, elle transforme des défis en opportunités. Et si, un jour, elle ne se contentait plus de décrire le monde, mais de vraiment le voir ?